Posté le 17.07.2008 par interlignes
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Un brin d’herbe
C’était le printemps et j’étais jolie ce jour-là. Je portais une petite robe rouge à pois blancs, et sur l’herbe je lisais une histoire à mon enfant. J’étais allongée sur le ventre, pour mieux être en contact avec la terre, ma mère nourricière. Il était entre nous et c’était mon secret.
Personne encore ne le savait.
Il faisait beau, et un vent frais décoiffait ma tête pleine de rêves. Devant moi un brin d’herbe. Un brin d’herbe parmi tant de brins d’herbe. De l’herbe verte, bien drue, bien belle, tendre et juvénile car nouvelle et pourtant toute dressée vers le ciel, elle qui est si proche de la terre, qui y enfouit ses racines auprès de ses nombreuses copines.
Le brin d’herbe se dresse droit vers le ciel car il est fier, il sait qui est sa mère. Il est fier. Je m’imagine en brin fier, moi aussi et cela me fait du bien. Entre terre et ciel, je m’élève et tends vers l’ultime. Et mon enfant lui-même, ainsi, aussi l’imagine : fier entre son père et sa mère.
C’est mon anniversaire.
Personne, cette fois ne le sait. Ce matin, je suis partie tôt au travail. Le téléphone n’a pas sonné, mon mari ne me l’a pas souhaité, et mon fils est trop petit, a oublié.
Personne ne le sait.
Aujourd’hui c’est mon secret. Secret de bohème. Et dans ma petite robe rouge je joue les gitanes. J’entends l’accordéon au loin dans mes oreilles, mâchouille une feuille de salsepareille. Kusturica me verrait allongée comme ça dans l’herbe du Parc Corbières, dans le petit sous-bois, et il ouvrirait à l’âne, aux chèvres et aux canards. Ils viendraient tournoyer autour de moi et les poules et les oies.
Mais Emir n’est pas là et c’est toi, présent au-dedans de moi que j’imagine bientôt galopant près de moi, ta maman rouge-sang, ta maman à pois blancs. Mon petit, mon tout petit, mon secret à moi seule, je profite de toi tant qu’il est encore temps.
Le secret se délecte : être une maman.
Maelenn
29.05.08
Consigne : « Un brin d’herbe au Parc Corbières » - 15 mn
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Posté le 17.07.2008 par interlignes
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La Résidence d’Agathe
Il était une fois dans une maison au fond des bois, une petite reine, toute petite. Elle avait élu domicile dans la Résidence d’Agathe, nommée ainsi car juchée sur le flanc de la colline de Saint-Germain.
Elle m’avait dit de venir à pied depuis mon village voisin, que ce n’était pas loin.
La coquine s’était bien gardée de m’informer de tous les dangers qui ponctuaient le chemin. En bord de Seine tout d’abord, j’ai vu un chien noir. Celui-ci montrait ses dents et pour l’éloigner j’ai dû crier très, très fort.
Ensuite, un troubadour, sorti de nulle part actuelle, chantant Aznavour et jouant accordéon. Petite bagatelle et grandes bretelles, ne faisant pas dans la dentelle, il m’a dit : « ma belle, que faites-vous par ici par une nuit sans lune ? ». O la coquine, je ne vais peut-être pas la garder comme copine. Ce sauvage emplumé a failli, de moi, ne faire qu’une bouchée. Heureusement à cet instant, un chat noir traversa la chaussée et lui fit si peur qu’il s’envola sur le cheval bleu de Chagall.
Je n’étais plus très loin de toutes façons mais au bas de l’escalier en colimaçon… je fus soudain prise de panique. Monique ! Mon Dieu, panique ! Panique devant l’interphone : je n’ai ni code ni téléphone. Comment joindre ma reine, comment atteindre ma marraine ? Quelle sotte ! Quelle petite tête de linotte ! Bon sang, bonsoir, bonjour… que faire en pareille circonstance ? Mince alors… : Et pas âme qui vive dans ces parages bourgeois, chacun dans son chez soi. Chacun devant sa cheminée ou sa télé, à boire ou à manger, du rosbif ou du thé entre fauteuil et canapé, entre salade et soufflé, entre chaussons et pois cassés, entre amis et ennemis etc. « Les bourgeois et moi, tu vois, c’est clair, je ne les aime pas ! » Mais enfin le problème n’est pas là.
Comment crier « Ma reine » dans cet environnement hostile où tout est joli et tranquille ? Je n’ose pas. Pourtant il va bien falloir trouver une solution. Et vite. Je n’ai nulle envie de coucher dehors même si ici le lieu semble sécurisé. Tellement sécurisé qu’on ne peut, au chaud, aller se réchauffer. Bon sang de bon sang ! Et moi qui réclame tout le temps : « mais viens toi pour une fois ! » Pourquoi n’ai-je pas insisté davantage cette fois ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Il me faut bien m’y résoudre : avec ces nouveaux digicodes, il faut ne nom et le code. Mais elle s’est mariée la semaine passée avec un type que je n’aime guère. Comprenez-moi : je n’ai eu aucune envie de retenir son nom. Dagobert, Norbert, Denfert, Camembert. Non ça suffit ! Décidément, je crois que je vais crier. Il commence à faire froid. Mon taboulé a froid autant que moi.
Et moi et moi et moi, je n’ose pas. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Cette histoire avait bien commencé et me voilà plantée là. Ma reine ô ma reine, comment me sortir de ce faux-pas ? Dormir à la cave ? Retourner chez moi ? Demain, c’est sûr, j’irai à la boutique SFR, ne plus me laisser faire par les idées de ma mère : les portables niquent les oreilles et le cerveau entre les deux. Non, c’est terminé, il faudra bien lui avouer ce que j’ai décidé. Bon, on verra ça plus tard. En attendant, il faut crier, mais je n’ose pas. Si j’étais chez moi, si j’étais elle, je regarderais par la fenêtre si je ne suis pas déjà là, si je n’arrive pas, je guetterais. Mais elle non. Elle non, elle ne peut pas. Elle ne veut pas plutôt. Je suis sûre qu’elle a dû s’allonger bien tranquillement dans son douillet canapé beige en cuir, rapporté d’Algérie par bateau lors de son dernier voyage en cargo. Elle adore voyager en cargo. C’est son idée à elle, sa façon d’être originale. Il faut dire qu’elle n’est pas banale ma marraine. Au moins je sais qu’elle m’aime. De chaque voyage un superbe cadeau elle me ramène.
Son salon rassemble tous les pays qu’elle a traversés, visités, explorés, étudiés, parcourus à vélo ou à pied, sur route ou escaliers, à dos d’âne ou en voilier, elle a rapporté un meuble en bois d’ébène, un autre en acajou, des tableaux, beaucoup de tableaux, de la barque sénégalaise débordante d’africains colorés au sobre petit village vietnamien tout en gris dessiné, de la baie de St Malo que l’aquarelle fait pleurer au masque congolais rigolo, une sculpture aussi sur le buffet et la nappe sur la table. Tout chez elle donne le la du départ, le goût du voyage, de l’aventure. Ma petite reine, je n’ai plus froid, je te vois dans mes yeux, dans mon cœur, dans mes souvenirs, dans mes mots, dans tes choses, dans tes objets et demain j’aurai oublié que je n’ai pas osé crier. Et demain j’aurai oublié que je n’ai pas voulu te réveiller.
Tu dormais sans doute si bien dans ton beau canapé, bien beige et bien douillet, en cuir retourné d’Algérie. D’Algérie. D’Algérie, mon pays, que je me suis prise à rêver et chez moi, à pied m’en suis retournée.
Maelenn
29.05.08
Consigne :
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Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Vie et mort d’un petit pois
Je suis dans le noir, tout serré contre les autres. Beurk, je déteste ça !
Etre serré contre de parfaits inconnus qui me suintent dessus. Heureusement qu’on est dans l’eau, je ne différencie pas la transpiration des autres, de l’élément aquatique dans lequel nous nous trouvons.
Je sais que je suis censé être un numéro parmi d’autres, mais là c’en est trop, c’est plus que je ne peux supporter.
En plus, je me retrouve coincé contre le rebord métallique qui me glace jusqu’à la chlorophylle.
Soudain, un bruit assourdissant et répété, des vibrations qui se propagent dans l’eau, puis je fais la culbute cul par-dessus tête, toute l’eau se vide, c’est un tsunami ma parole, j’étouffe !
Je me retrouve en tas avec d’autres étrangers qui me ressemblent et, tiens ça c’est incroyable alors, une carotte ! Maman m’avait bien dit que c’était possible d’en rencontrer, mais dans ces circonstances, je n’aurais jamais cru ça ! Elle n’a pas l’air d’être dans son assiette non plus, la pauvre. Elle semble effrayée.
J’entends une porte qui s’ouvre puis se referme pas loin et là, lumière aveuglante, vague de chaleur étouffante qui s’abat subitement, devenant rapidement insoutenable, la carotte hurle.
Et juste avant d’exploser, je revois ma vie défiler en entendant le « ding » du micro-ondes.
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Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Alexandra n’avait jamais eu de problèmes pour séduire qui que ce soit, bien au contraire. Avec son corps de rêve, sa magnifique chevelure rousse, ses yeux gris-verts et son sourire éclatant, tous les hommes étaient à ses pieds.
Si elle n’avait pas eu ce caractère de cochon, doublé de celui de petite fille gâtée - donc capricieuse et toujours insatisfaite, elle aurait pu être heureuse avec un homme. Mais son orgueil naturel, et le fait de savoir qu’ils se bousculaient au portillon, la rendaient tellement exigeante envers ses pauvres victimes - et si peu envers elle-même, que les hommes ne faisaient que croiser sa route, avant qu’elle ne s’en lasse et les jette comme on se débarrasse d’un objet devenu encombrant, une fois qu’il a bien servi.
Mais avec Stanislas, cette fois, c’était différent : déjà, il ne se laissait pas complètement mener par le bout du nez, et en plus, ils formaient un couple tellement bien assorti ! Pour une fois, elle avait quelqu’un de sa « catégorie », superbe et riche, et ensemble, ils étaient devenus depuis quelques mois le couple le plus en vue du moment dans la jet-set parisienne, en couverture de Paris Match. Au placard les jumelles d’Angelina et Brad et les dernières frasques de Paris Hilton ou Britney Spears !
Quand il l’avait demandée en mariage il y a deux semaines, lors de leur si romantique week-end à Venise, elle avait été prise de court et lui avait demandé du temps pour y réfléchir. Il lui avait donné quinze jours, pas un de plus, et demain elle devait donner sa réponse.
Durant ce délai, elle avait retourné son esprit dans tous les sens, allant même jusqu’à effeuiller les marguerites pour savoir si elle l’aimait (il ne faisait aucun doute pour elle que la réciproque était vraie), et à jouer à pile ou face sa réponse.
Alors que sa raison lui intimait d’accepter sans hésiter, que c’était le meilleur parti de la ville, qu’il l’aimait et qu’elle aurait une vie plus que confortable avec lui, son cœur, lui, était méfiant, lui dictant de ne pas renoncer à ses rêves de petite fille, de grand amour et de prince charmant, et que les raisons qui faisaient pencher la balance vers le oui n’étaient pas celles qui font durer un couple.
En dernier recours, elle s’attabla à son bureau, prit une feuille blanche et traça deux colonnes : pour et contre. Dans les contre : sa belle mère acariâtre, le meilleur ami de Stanislas très proche de ce dernier et qui la mettait très mal à l’aise, le fait que Stanislas se réveille avec France Info tous les matins et que ça, toute une vie, ça n’était pas supportable, son désir à lui d’être père alors que la simple idée d’elle enceinte, le corps déformé (encore pire, accouchant et, encore pire, avec des mioches qui braillent toute la journée pleins de purée sur le visage) la révulsait, mais ça elle arriverait bien à le faire changer d’avis.
Dans les pour : son yacht, son duplex dans le XVIe, son piano, ses chevaux (bref son standing), sa beauté, son corps d’athlète, son romantisme, la jalousie des autres si elle devenait Madame Stanislas Gauthier, et indéniablement le fait que ses trente ans soient révolus depuis quatre ans déjà et que les premiers cheveux blancs commencent à poindre.
En outre, papillonner ne l’amusait plus (enfin pour l’instant ; rien ne l’empêchait de garder les coordonnées de ses anciennes conquêtes, au cas où l’occasion se présente d’un voyage d’affaires de Stanislas - elle n’avait jamais pu supporter la solitude !)
Etouffant donc ce qui lui restait de cœur, elle relut une dernière fois la liste des pour, comme pour se convaincre de leur importance, ainsi d’ailleurs que celle des contre, qui n’étaient finalement que des obstacles ou contretemps aisément contournables ; et puis, si Stanislas l’aimait, il pouvait bien faire des efforts et accepter quelques compromis non ? Ne dit-on pas pour le meilleur et pour le pire ?
Sa décision prise, elle alla se coucher, impatiente du déjeuner en amoureux prévu le lendemain. Elle dormit mal, toute excitée qu’elle était à l’idée d’annoncer ça à sa famille et ses amies surtout, qui à n’en pas douter en mourraient de jalousie, surtout Bridget qui n’allait pas tarder à rentrer dans la catégorie « vieille fille ». Elle rêva même de la cérémonie, du traiteur et du plan de table !
Au réveil, elle prit un temps infini pour être éblouissante : sauna, jacuzzi, institut de beauté. Et comme elle était en avance, elle appela toutes ses amies, Bridget la première, pour les informer de la grande nouvelle. Celles-ci s’en réjouirent, plus ou moins sincèrement. Puis, elle se rendit dans leur restaurant préféré, où il lui avait donné rendez-vous.
Le temps passait au ralenti, elle n’en pouvait plus d’attendre maintenant que c’était si clair pour elle, que son destin était tracé. Un bip se fit entendre. Qui osait la déranger dans un moment pareil ? Tiens, un message de Stanislas, pour s’excuser de son retard sans doute. « Alexandra, je regrette de t’annoncer ça si brutalement et de cette manière, mais je ne vois pas comment faire autrement. Tout est fini entre nous. Arrêtons cette mascarade, je me suis trompé. Je n’étais pas fait pour toi de toutes façons. Nous aurions été malheureux ensemble. Tu dois le savoir au fond de toi sinon tu m’aurais dit oui tout de suite. Je te souhaite de rencontrer quelqu’un qui te corresponde. Restons amis, veux-tu ? Stanislas.» De stupeur, elle lâcha son téléphone qui finit sa chute dans son Martini blanc et rendit l’âme dans un court-circuit, emportant avec lui les derniers mots de Stanislas.
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Posté le 10.07.2008 par interlignes
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La nuit d’une péniche à quai
La nuit tombe.
Enfin arrivée à quai, je peux souffler après cette longue journée de navigation le long du canal Saint Martin, aller-retour, aller et retour, aller-retour un nombre incalculable de fois avec à mon bord de stupides touristes.
Qu’ils soient japonais à mitrailler sans cesse, italiens à rire trop fort ou allemands avec leur look ridicule chaussettes-Birkenstock, ils sont tous grotesques à mes yeux. Moi qui ai toujours rêvé du grand large ! Ah ! Etre un fier trois mâts, hissez haut Santiano !
Remarque, c’aurait pu être pire, j’aurais pu être un stupide bateau mouche avec cette hôtesse ringarde qui vocifère à tue-tête l’histoire de Paris 423 fois (j’ai compté !) dans la journée : « et Notre Dame par ci et le Louvre par là… »
Moi, mon propriétaire à eu la décence de prôner le charme français au naturel (et non pas américanisé), c’est en silence que je fends les flots, enfin les flots, c’est beaucoup dire, les poissons crevés et autres détritus plutôt. Mais ne nous plaignons pas, j’aurais aussi pu être un optimiste affecté aux premières classes de voile de petits bourgeois capricieux et, qui plus est, mécontents que papa-maman se soient saignés aux quatre veines pour leur offrir ce stage pour les vacances et donc se vengeant sur moi en maltraitant mon gouvernail et ma voile. J’en ai rencontré un l’année dernière (d’optimiste, pas de petits bourgeois !) chez le réparateur de bateaux Nautiloc, qui m’en a raconté des vertes et des pas mûres. Ceci dit, il avait pu se venger en assénant un coup de baume bien mérité à un garnement effronté. Résultat : il avait écopé d’une peine de deux mois fermes au hangar. Il en était même devenu pessimiste !
Bref, ne nous plaignons pas de notre sort. Profil bas, je ne suis pas si mal lotie surtout en cette belle fin de journée, bien entourée par mes copines à la pompe du coin où nous sirotons notre p’tit gasoil. Il faut dire que nous ne sommes plus beaucoup, alors nous nous serons les coudes. Eh oui, nos ennemies jurées les vedettes parisiennes ont de plus en plus la côte auprès de ces ignares de touristes qui ne comprennent rien à rien. Même Martine, après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, a fini au hangar. Sans prévenir en plus, même pas le temps de se dire adieu, pare-battage contre pare-battage. Non au hangar et définitivement cette fois-ci ! Rien que d’y penser, ça me glace le ponton.
Mais songeons à quelque chose de plus gai : la bonne nuit qui m’attend, bercée par le doux clapotis du canal. Je m’assoupis en rêvant à la belle vie de voilier que je pourrais avoir si j’en étais un : fendre les flots, faire le Vendée Globe Challenge ou le tour du monde dans les intempéries avec mon skipper (pourquoi d’ailleurs dit-on « régate en solitaire », je me demande ! En duo plutôt devrait-on préciser ! On ne dit pas d’un jockey qu’il a gagné sa course en solitaire que je sache, non mais !)
Ah ! Franchir la ligne d’arrivée, épuisée au bout de tous ces mois de traversée mais tellement proche d’Olivier, Eric (paix à son âme) ou Titouan, bien plus intimes que leurs épouses d’ailleurs ! Après toutes ces épreuves surmontées ensemble. Mais non, il a fallu que je naisse péniche, c’est pénible ! De quoi j’ai l’air moi avec cette ligne longue et plate ? D’une anorexique, c’est sûr ! Et puis sans voile, ça ne rime à rien, je ne suis pas vraiment un bateau, quelle honte ! Jamais je ne pourrai taper dans l’œil d’un quelconque skipper, voire même d’un original (il y en a tellement de nos jours) ! Qui aurait l’idée saugrenue de faire la traversée de l’Atlantique en péniche. Il y en a bien qui l’ont faite en pédalo ou en planche à voile, alors ! Un peu de courage les gars ! Je ferai le reste.
Bon, bon, ne nous énervons pas, c’est mauvais pour ma tension. Reposons-nous plutôt, histoire de prendre des forces pour la grande traversée, et d’avoir bonne mine pour aguicher un navigateur venu flâner à la capitale entre deux régates, sait-on jamais.
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Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Dernier cliché du bonheur
Sur cette photo, j’ai neuf ans, ma sœur sept, et je tiens mon chien dans les bras : Frimousse, cette petite chienne timide (notre première !) de quelques mois à peine, apprivoisée patiemment et que nous venions d’acquérir après de rudes mois de négociation avec mes parents. C’est l’été, nous remontons de la plage où nous allons souvent nous baigner en famille.
J’entends encore ma mère dire « Arrêtez vous les filles, je vous prends en photo » et moi de penser « Elle est pénible à force avec ses photos ! » sans me douter que ce sera la dernière avec ma petite chienne. Si j’avais su, je l’aurais serrée tellement plus fort !
La photo faite, nous voilà sur le pont pour rejoindre la voiture. Ma sœur tient Frimousse en laisse, cette fameuse laisse élastique qui s’allonge quand le chien tire à l’autre bout. Les voitures roulent à toute allure sur ce pont maudit. Nous marchons à la queue-leu-leu.
Soudain, derrière moi, j’entends ma sœur crier dans un crissement de freins. Une voiture s’arrête et une femme en descend, affolée. Tout le monde hurle, je ne comprends pas. Attroupement, brouhaha… Puis ces paroles de la conductrice qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire : « Oh, ce n’est qu’un chien » et de remonter dans sa voiture comme si de rien n’était et de reprendre sa route alors qu’elle m’avait volé mon enfance.
Puis tout va très vite et se mélange, les souvenirs confus qu’il me reste sont pêle-mêle : toute la famille dans la voiture, mon père avec mon tout petit chien froid sur les genoux, silence pesant, sanglots, la course pour aller jusqu’au vétérinaire le plus proche, et lui d’appuyer sur ses petits poumons de bébé chien pour voir le sang couler.
C’est la première fois (et la seule) où j’ai vu mon père pleurer. C’était la fin de l’enfance.
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Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Leçon de tennis
J’avais sept ou huit ans. A l’époque, nous habitions en Afrique, au Nigéria.
Ma mère, dans un désir de transmettre sans doute, s’était mise en tête de m’apprendre à jouer au tennis.
Nous voilà donc parties par une chaleur étouffante avec tout notre attirail, en particulier ma nouvelle raquette rose fluo dont j’étais si fière.
Là, dans l’idée de m’apprendre le service à la cuillère, elle se place sur ma gauche et lâche la balle devant moi.
Je prends tout mon élan, et ma raquette finit son superbe service dans la tête de ma mère.
La bouche ensanglantée, elle quitte le cours en clopinant, laissant ça et là des gouttes de sang, traces de mon enthousiasme débordant à devenir Steffi Graff.
Pendant près d’un mois, ma mère, d’un naturel bon vivant donc aimant rire et bien manger, n’a eu le droit de se nourrir que de compotes, glaces, soupes et autres purées, à la paille, et tout sourire lui était interdit, sa lèvre fendue étant maintenue par un strip.
La vocation de professeur de tennis de ma mère s’est arrêtée là, et mes parents m’ont payé des cours, mettant en garde le professeur.
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Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Les tribulations d’un brin d’herbe au parc Monstouris
Brr, il fait froid ce matin, je suis tout mouillé. Marre de cette rosée matinale, pourquoi serait-on obligé de prendre sa douche tous les jours ?
Je suis le premier debout comme d’habitude, comment les autres font-ils pour rester assoupis avec cette température presque qu’antarticque ?
Heureusement, le soleil se lève mais je me rappelle très vite avec panique qu’on est mercredi aujourd’hui !
Les enfants vont débouler, il faut se préparer !
Eh ! Oh ! Réveillez-vous, Papa, Maman, Jeannot et Martine, les copains…
Ah ça y est voilà Jeannot qui ouvre un œil, Martine s’étire, Papa fait ses pompes comme tous les matins : un vrai malade celui-là, dès le réveil !
Et Maman prépare le p’tit déj pendant que moi je ne fais rien. Enfin rien, si je grommelle, je ne suis pas du matin qu’est ce que j’y peux !
En plus, je déteste les petits déjeuners en famille où tout le monde jacasse, est à fond dès le matin, c’en est à un point que l’année dernière, pour mon anniversaire, tout le monde m’a chanté « Déjeuner en paix » de Stefan Eicher ! C’est malin ! Evidemment, ça ne m’a pas fait rire du tout : pourquoi devrait-on toujours afficher un sourire radieux ?
Enfin bref peu importe… quel est mon programme aujourd’hui ?
Retrouver les copains après le p'tit déj pour établir un plan d’attaque (ou plutôt de défense !) pour le match de foot qui aura certainement lieu cet après-midi.
Et nous on déteste le foot, ça nous tasse voire même pour les moins chanceux ça nous cramponne !
Tiens voilà Emilie la fourmi qui me chatouille…
J’éternue pour la chasser mais elle n’est pas dupe.
Bon à la rigueur, une fourmi mais l’autre jour je suis restée emberlificotée dans la toile de Dédé ! Avec un moucheron qui agonisait en plus, beurk !
Je suis interrompu dans mes pensées par un bruit sourd qui se rapproche petit à petit.
Avant que je ne comprenne ce qu’il se passe, tout le monde se met à hurler et ma sève se fige : la tondeuse !
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Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Capharnaüm
C’était un vrai capharnaüm, cet appartement.
Des objets de toutes sortes s’y entassaient pêle-mêle : statues africaines, maquettes de voiliers, peintures bretonnes et croûtes de l’arrière grand-père… De toute évidence, les propriétaires de ces lieux aimaient les choses, le surplus.
On n’aurait pas cru, pourtant, en arrivant dans le parc de cette résidence si calme, si propret au milieu des oiseaux qui gazouillent, qu’on pourrait se retrouver dans une sorte de no man’s land où là tout n’était pas qu’ordre et beauté bien que luxe et volupté.
On n’aurait su dire combien de personnes vivaient sous ce toit tant les objets et meubles qu’on pouvait y trouver étaient de style si divers presque hétéroclites : un fauteuil Louis XVI était recouvert d’une tenture africaine, des meubles mongols trônaient dans l’entrée et si jamais un invité – impudent et imprudent - s’avisait de douter de leur provenance, il lui suffisait d’ouvrir un tiroir pour être submergé par une odeur de yak mélangée à celle du lait fermenté, typique de cette contrée lointaine.
D’ailleurs, en entrant, le visiteur aurait pu se sentir étranger, en « terra incognita » tels les premiers colons. Pour ceux d’entre eux pour qui ordre et propreté étaient primordiaux, deux sortes de réactions étaient possibles : soit telle une proie face à son prédateur, prendre ses jambes à son cou sans demander son reste, soit estomaqué dans un premier temps par ce pathétique spectacle, se ressaisir rapidement et être pris d’une frénésie de rangement à laquelle sa politesse lui intimait de ne donner libre cours qu’une fois rentré chez lui.
Il y avais aussi les vicieux machiavéliques qui demandaient justement à leur hôte s’il n’avait pas là tout de suite un plan de Paris, le dernier DVD de Gad El Maleh, un parapluie, l’annuaire, toutes sortes de choses parfaitement inutiles mais qu’il était fortement improbables que leur hôte retrouve dans un temps jugé acceptable et qu’il était si amusant de le voir s’escrimer à chercher, sûr qu’il l’avait vu là la dernière fois :
« Mais j’en suis sûr pourtant je l’avais posé là ! ».
Le pire étant la chambre à coucher, où souvent il était impossible de voir le sol (était-ce de la moquette ? du parquet ?) jonché d’habits et de papiers d’importance variable (déclaration d’impôts, publicité La Redoute, factures, bulletins de salaire…). Quant aux placards et aux tiroirs, ils étaient très ordonnés puisque vides ! On pouvait imaginer l’autochtone hésitant entre plusieurs tenues mais laissant finalement les choses là où elle les y avait mis en dernier, tout simplement, c’est à dire au sol, ce qui fait qu’à la fin de la semaine, tout son placard était à l’extérieur de celui-ci justement.
On n’imagine pas suffisamment les bénéfices secondaires comme disent les psys de cette incroyable technique dite du laisser-aller, le principal étant le bonheur de retrouver un objet cher que l’on croyait perdu depuis si longtemps déjà, comme cette boucle d’oreille coincée entre matelas et tête du lit depuis des mois.
Les principaux inconvénients de cette technique par contre étant qu’il était difficile de se rendre compte en un clin d’œil de sa garde robe et également de se déplacer sans se faire un tour de rein ou une élongation dans cette chambre pour éviter de marcher sur un CD (aïe !). En bref vivre ici c’était du sport !
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Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Dali du hasard
Si j’étais un peintre, je serais Dali,
Si un sourire je voulais peindre, la bouche remonterait jusqu’aux oreilles,
Si la profondeur de l’âme je voulais saisir, je dessinerais un œil grandiose,
Si la tristesse je souhaitais exprimer, un filet de larmes coulerait de cet œil le long de la joue,
Si le menton de ce visage devait être plutôt proéminent, il atteindrait un parallèle bien en-deça du cou,
Mais je ne suis ni peinture, ni encore moins Dali,
Juste la semeuse de sept graines qui ont fait germer la créativité de cinq comparses.
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