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Nom du blog :
interlignes
Description du blog :
jeudi soir 07 08
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
06.04.2008
Dernière mise à jour :
01.09.2008
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Agathe : Séance d'essai

Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Leçon de tennis

J’avais sept ou huit ans. A l’époque, nous habitions en Afrique, au Nigéria.
Ma mère, dans un désir de transmettre sans doute, s’était mise en tête de m’apprendre à jouer au tennis.
Nous voilà donc parties par une chaleur étouffante avec tout notre attirail, en particulier ma nouvelle raquette rose fluo dont j’étais si fière.
Là, dans l’idée de m’apprendre le service à la cuillère, elle se place sur ma gauche et lâche la balle devant moi.
Je prends tout mon élan, et ma raquette finit son superbe service dans la tête de ma mère.
La bouche ensanglantée, elle quitte le cours en clopinant, laissant ça et là des gouttes de sang, traces de mon enthousiasme débordant à devenir Steffi Graff.

Pendant près d’un mois, ma mère, d’un naturel bon vivant donc aimant rire et bien manger, n’a eu le droit de se nourrir que de compotes, glaces, soupes et autres purées, à la paille, et tout sourire lui était interdit, sa lèvre fendue étant maintenue par un strip.
La vocation de professeur de tennis de ma mère s’est arrêtée là, et mes parents m’ont payé des cours, mettant en garde le professeur.

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Agathe : Texte hors atelier

Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Les tribulations d’un brin d’herbe au parc Monstouris

Brr, il fait froid ce matin, je suis tout mouillé. Marre de cette rosée matinale, pourquoi serait-on obligé de prendre sa douche tous les jours ?
Je suis le premier debout comme d’habitude, comment les autres font-ils pour rester assoupis avec cette température presque qu’antarticque ?
Heureusement, le soleil se lève mais je me rappelle très vite avec panique qu’on est mercredi aujourd’hui !
Les enfants vont débouler, il faut se préparer !
Eh ! Oh ! Réveillez-vous, Papa, Maman, Jeannot et Martine, les copains…
Ah ça y est voilà Jeannot qui ouvre un œil, Martine s’étire, Papa fait ses pompes comme tous les matins : un vrai malade celui-là, dès le réveil !
Et Maman prépare le p’tit déj pendant que moi je ne fais rien. Enfin rien, si je grommelle, je ne suis pas du matin qu’est ce que j’y peux !
En plus, je déteste les petits déjeuners en famille où tout le monde jacasse, est à fond dès le matin, c’en est à un point que l’année dernière, pour mon anniversaire, tout le monde m’a chanté « Déjeuner en paix » de Stefan Eicher ! C’est malin ! Evidemment, ça ne m’a pas fait rire du tout : pourquoi devrait-on toujours afficher un sourire radieux ?

Enfin bref peu importe… quel est mon programme aujourd’hui ?
Retrouver les copains après le p'tit déj pour établir un plan d’attaque (ou plutôt de défense !) pour le match de foot qui aura certainement lieu cet après-midi.
Et nous on déteste le foot, ça nous tasse voire même pour les moins chanceux ça nous cramponne !

Tiens voilà Emilie la fourmi qui me chatouille…
J’éternue pour la chasser mais elle n’est pas dupe.
Bon à la rigueur, une fourmi mais l’autre jour je suis restée emberlificotée dans la toile de Dédé ! Avec un moucheron qui agonisait en plus, beurk !
Je suis interrompu dans mes pensées par un bruit sourd qui se rapproche petit à petit.
Avant que je ne comprenne ce qu’il se passe, tout le monde se met à hurler et ma sève se fige : la tondeuse !

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Agathe : Texte hors atelier

Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Capharnaüm

C’était un vrai capharnaüm, cet appartement.
Des objets de toutes sortes s’y entassaient pêle-mêle : statues africaines, maquettes de voiliers, peintures bretonnes et croûtes de l’arrière grand-père… De toute évidence, les propriétaires de ces lieux aimaient les choses, le surplus.
On n’aurait pas cru, pourtant, en arrivant dans le parc de cette résidence si calme, si propret au milieu des oiseaux qui gazouillent, qu’on pourrait se retrouver dans une sorte de no man’s land où là tout n’était pas qu’ordre et beauté bien que luxe et volupté.
On n’aurait su dire combien de personnes vivaient sous ce toit tant les objets et meubles qu’on pouvait y trouver étaient de style si divers presque hétéroclites : un fauteuil Louis XVI était recouvert d’une tenture africaine, des meubles mongols trônaient dans l’entrée et si jamais un invité – impudent et imprudent - s’avisait de douter de leur provenance, il lui suffisait d’ouvrir un tiroir pour être submergé par une odeur de yak mélangée à celle du lait fermenté, typique de cette contrée lointaine.

D’ailleurs, en entrant, le visiteur aurait pu se sentir étranger, en « terra incognita » tels les premiers colons. Pour ceux d’entre eux pour qui ordre et propreté étaient primordiaux, deux sortes de réactions étaient possibles : soit telle une proie face à son prédateur, prendre ses jambes à son cou sans demander son reste, soit estomaqué dans un premier temps par ce pathétique spectacle, se ressaisir rapidement et être pris d’une frénésie de rangement à laquelle sa politesse lui intimait de ne donner libre cours qu’une fois rentré chez lui.
Il y avais aussi les vicieux machiavéliques qui demandaient justement à leur hôte s’il n’avait pas là tout de suite un plan de Paris, le dernier DVD de Gad El Maleh, un parapluie, l’annuaire, toutes sortes de choses parfaitement inutiles mais qu’il était fortement improbables que leur hôte retrouve dans un temps jugé acceptable et qu’il était si amusant de le voir s’escrimer à chercher, sûr qu’il l’avait vu là la dernière fois :
« Mais j’en suis sûr pourtant je l’avais posé là ! ».

Le pire étant la chambre à coucher, où souvent il était impossible de voir le sol (était-ce de la moquette ? du parquet ?) jonché d’habits et de papiers d’importance variable (déclaration d’impôts, publicité La Redoute, factures, bulletins de salaire…). Quant aux placards et aux tiroirs, ils étaient très ordonnés puisque vides ! On pouvait imaginer l’autochtone hésitant entre plusieurs tenues mais laissant finalement les choses là où elle les y avait mis en dernier, tout simplement, c’est à dire au sol, ce qui fait qu’à la fin de la semaine, tout son placard était à l’extérieur de celui-ci justement.

On n’imagine pas suffisamment les bénéfices secondaires comme disent les psys de cette incroyable technique dite du laisser-aller, le principal étant le bonheur de retrouver un objet cher que l’on croyait perdu depuis si longtemps déjà, comme cette boucle d’oreille coincée entre matelas et tête du lit depuis des mois.
Les principaux inconvénients de cette technique par contre étant qu’il était difficile de se rendre compte en un clin d’œil de sa garde robe et également de se déplacer sans se faire un tour de rein ou une élongation dans cette chambre pour éviter de marcher sur un CD (aïe !). En bref vivre ici c’était du sport !

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Agnès : Dali du hasard

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Dali du hasard

Si j’étais un peintre, je serais Dali,
Si un sourire je voulais peindre, la bouche remonterait jusqu’aux oreilles,
Si la profondeur de l’âme je voulais saisir, je dessinerais un œil grandiose,
Si la tristesse je souhaitais exprimer, un filet de larmes coulerait de cet œil le long de la joue,
Si le menton de ce visage devait être plutôt proéminent, il atteindrait un parallèle bien en-deça du cou,
Mais je ne suis ni peinture, ni encore moins Dali,
Juste la semeuse de sept graines qui ont fait germer la créativité de cinq comparses.
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Agnès : Sons identiques

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Bidibule, qui déambule, chaussé de mules, se perd dans ses bulles de pensée.
Jeune garçon échevelé, tout ragaillardi, vient de quitter son foyer.
Le bonheur n’était pas d’humeur au cœur de sa demeure.
Il n’avait pas le cœur triste ; plutôt l’allure alerte au contraire.
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Agnès : Rébus

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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A (Agnès) comme Athlète, Astres, Andes, Amour, Art
G (Godart) comme Globe-trotter, Girafe, Giroflée, Gonfler, Glace

Cet homme était un véritable athlète. La conjugaison des astres dans le ciel de sa naissance et l’amour de ses parents l’avaient transformé en véritable globe-trotter. Il parcourait le monde à pied, à travers les Andes et autres régions retirées du globe afin d’y observer pumas, vautours et autres girafes lorsqu’il s’aventurait jusqu’en Afrique.
L’amour de la nature et des paysages sauvages avait développé une très forte sensibilité aux merveilles les plus simples et il pouvait facilement se pâmer devant une simple giroflée gonflée d’eau après une averse sur le sable blond du Sahara.
La nature humaine le laissait en revanche de glace, la faune et la flore étant l’unique objet de son art.
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Agnès : Un jour ce sera

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Végétal, minéral & animal

Un jour, ce sera mon tour. Tant de matins endormis, j’écoutais le doux ronronnement du pétrin, imaginant mon père moudre le blé et cuire sa fournée. Je pouvais fondre d’envie, me lamenter de ne pouvoir l’aider, tant épris par cette passion. Etre boulanger, tel était mon rêve.

Un jour, ce sera le couronnement, la gloire. Mille feux m’éclaireront, ma vraie valeur apparaîtra aux yeux de tous. Le marbre, l’or, le diamant, tels seront mes atours. Je brillerai aux yeux du monde, mon pouvoir ne souffrira aucune rébellion, ce jour sera le mien.

Un jour, ce sera la fin. La fin d’une belle histoire, celle où la nature et l’homme ne faisaient qu’un. La panthère, d’un pas de velours, aux aguets dans la verdure de la forêt disparaîtra. Nous ne verrons plus virevolter les ailes bleues des morphos, géants et gracieux papillons. L’homme les a tués, il ne mérite plus cette splendeur.
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Agnès : Expansion personnelle

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Eté 89. Il ne fait pas beau, même plutôt frais pour la saison. Bon, pas forcément très étonnant car nous sommes à Leicester, une ville du Nord de l’Angleterre. Clairement, idéalement, ce serait plutôt les plages du Sud de la France qui m’auraient plu mais la bronzette de la midinette n’était pas au menu de ces vacances studieuses. Je participe à un programme d’échange culturel, dans le cadre de mes études, par le biais de l’alliance franco-britannique du lycée où je prépare un BTS à Strasbourg. Première expérience professionnelle, au sein du service des propriétés industrielles du district. Je suis intégrée au sein d’une équipe dirigée par un sympathique anglais. Il est tout proche de la retraite, me prend sous son aile, me chouchoute. Il est passionné par le Français, qu’il parle un peu ; on s’amuse à traduire français-anglais, anglais-français : on échange, et on le fait bien !
Ce séjour est d’une grande richesse pour moi. La langue anglaise est une passion nourrie depuis la sixième. Aucun souvenir d’effort ou de contrainte à l’apprendre. Cette langue est un jeu, presque un exercice de révision à chaque nouveau cours. Alors, passer deux mois en Angleterre, me confronter à la réalité, quel bonheur. J’imagine l’Anglais en homme de la City, bowl hat de rigueur, rigueur tout court. Quel étonnement de voir que nous ne sommes pas si différents et qu’ils se sont pas si coincés, ces Anglais. La vie me confirmera qu’ils sont au contraire bien plus délurés que les Français par certains côtés. Ce premier pas dans la culture britannique créera un attachement qui subsiste toujours et a guidé bien de mes pas. John Brown, mon maître de stage, n’est peut-être plus de ce monde aujourd’hui, l’heure de sa retraite ayant sonné depuis plus de vingt ans. Nous avons échangé nos vœux longtemps, jusqu’à ce que le silence se fasse depuis peu d’années.
Le couronnement la haute distinction réservée à notre séjour vient en fin de parcours. Nous sommes un petit groupe de français à partager cette expérience. Nous sommes reçus par le Maire, the Lord Mayor of Leicester. La mémoire me manque pour comprendre et relater quel hasard a choisi que je sois le porte-parole de notre groupe, que j’adresse les remerciements pour l’accueil qui nous a été réservé, tant par les institutions de la ville que par nos familles d’accueil. Me voilà, terrorisée, à réviser et réviser dans ma chambre, les mots à solennellement adresser au Maire. Il est temps, nous voilà tous rassemblés dans les salons d’apparat du Townhall : lustres clinquants, chic so English, tapisseries fleuries Laura Ashley. Je me lance, émue, peu détendue mais je le fais, je l’ai fait, yes ! Ça c’est une belle préparation à l’oral d’anglais.
Et puis des années après, je me sens encore aussi terrorisée à l’idée de présenter en anglais : pourquoi ai-je oublié ces premiers pas, ce baptême, ce galop d’essai finalement réussi. Après un maire anglais, pourquoi me formaliser devant quelques managers de société, ils ne sont finalement bien que roupie de sansonnet.
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Agnès : Expansion poétique

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Après tout ce blanc, vient le vert
Le printemps vient après l’hiver.

Après le grand froid le soleil,
Après la neige vient le nid,
Après le noir vient le réveil,
L’histoire n’est jamais finie.

Après tout ce blanc vient le vert,
Le printemps vient après l’hiver,
Et après la pluie le beau temps.



Après tout, ce n’est pas très grave si le blanc vient, le vert lui s’en va.
Le printemps n’est qu’une parenthèse après l’hiver et avant l’été.
Après avoir subi ce grand froid, sans mot dire ni chanson à fredonner, le soleil nous ravit de ses effluves dorés et doux. Ce n’est pas une fatalité la neige, c’est la pluie de l’hiver, les larmes du ciel qui se cristallisent et nous ravissent d’un tapis douillet mais froid, bien plus froid que le confort de ce nid qui se bâtit ça et là sur les branches du printemps.
Les couleurs égayent la nature, la lumière ouvre les cœurs et les décolletés.
Après le noir manteau dont nous couvre l’hiver, il ne nous tient à coeur que de penser, d’espérer, de chuchoter mais « quand nous viendra donc le réveil, la renaissance, l’éclosion de la vie ? », car oui, l’histoire n’est jamais finie, tout n’est que recommencement.
Après que tout ce blanc nous ait éblouis avant de nous envelopper dans la nuit des rafales du vent, vient le vert, le vert printemps, gai cousin de l’hiver, qui nous coûte si cher, cher d’énergie à consommer dans nos foyers, d’énergie à brûler pour rester éveillés.
Et lorsque ce blanc fond, se fond en pluie puis sèche au printemps, c’est le beau, le beau temps, celui du printemps.
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Agnès : Freins, moteurs

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Ecrire

Cela faisait déjà un petit moment que l’idée germait dans sa tête. A maintes reprises, il avait bien essayé de s’asseoir, tranquillement, dans la quiétude d’un soir, sa table d’écriture éclairée par la petite lampe ancienne chinée aux puces un froid dimanche de Novembre.
Ce soir-là, le feu crépitait joyeusement dans l’âtre ouvert du séjour. La nuit avait envahi la campagne, quelques étoiles brillaient au-dessus de la maisonnette. Cette fois, c’était décidé, au placard les préjugés, les fausses barbes, les alibis tous aussi futiles les uns que les autres.
Quel effort avait-il dû déployer pour scénariser sa première, sa première fois, sa première page, sa première ligne. Il avait dîné tôt, vous comprenez. L’excuse des paupières lourdes, du marchand de sable ou du mal de dos de fatigue, ne devait absolument pas se présenter aux portes de la renonciation.
Non, il fallait commercer tôt, donc le repas était avalé dès dix-neuf heures. Pas de souci no plus de digestion, ballonnement ou somnolence quelconque à accrocher au tableau des trophées de l’échec. Un repas léger suffirait.
Le voilà donc assis à sa table de travail, les rayons doux de lumière de sa lampe sublimant les volutes de fumée provenant de l’infusion qu’il venait de se préparer pour accompagner son écriture. Minou ronronnait sur le canapé adjacent ; quelle chance, il n’avait pas eu la bonne idée ce soir de venir s’allonger sur le bureau.
Voilà, tout est prêt.
La plume est affûtée, l’encre en quantité suffisante mais il reste encore un obstacle. Comment se débarrasser de cette fâcheuse tendance à se déprécier ? Pas étonnant qu’il n’y arrive jamais, lorsque sa main voudrait courir sur le papier, son esprit le bride et freine des quatre fers.
« Tu n’y arriveras pas. D’accord, tu as quelques idées qui, peut-être, pourraient évoluer, se développer au fil de l’histoire. Mais, mon Dieu, que ton style est pauvre, ton vocabulaire bien limité mon garçon. Pourtant, tu en as lu des auteurs dont les récits t’ont emporté et motivé à t’y mettre toi aussi, à l’écriture. Mais c’était leurs mots à eux. Où ont-ils bien pu les trouver eux ? Quelle imagination ! Quelle chance d’être aussi prolixe ! ».
Non, décidément, l’idée d’être écrivain le fait fantasmer à longueur de journée mais chaque tentative est une réelle souffrance, un obstacle infranchissable, indomptable, le goût amer d’une chimère, d’un rêve qui n’arrête jamais de se répéter sans se réaliser.

« Vous ne pouvez pas vous imaginer quel feu m’habite depuis tant d’années. Et dire que je ‘ai passé tant de temps à hésiter, à me faire violence à force d’essayer, sans jamais réussir à franchir une seule étape. »
Voici un extrait du livre du fameux écrivain Marc Laplume, dont tous les médias se font l’écho d’une ascension fulgurante dans le monde de la littérature. Il est à parier que les rumeurs de Goncourt ou Renaudot ne vont pas tarder à se disséminer dans les salons d’intellectuels où on cause beaucoup, où la recherche du nouveau talent est devenue la seule et vraie raison de continuer à se rassembler pour parler livres, mots, esprit ou encore merveilles du langage.
L’écrivain en question avait enfin saisi au fond de lui l’émotion, la motivation qui arriverait à annihiler cette force qui l’empêchait tant de s’abreuver aux sources de la fontaine des mots.
Fantasmer, inventer, rendre toute chose possible était devenu son seul but, sa Mecque, sa destinée. Il a fait fi de cette soi-disante incapacité à trouver le mot juste, à s’envoler vers des néologismes, des allitérations à vous donner le tournis, des rimes ou effets de style insoupçonnés.
Son attention a choisi de se tourner vers l’objet, le contenu et c’est ainsi que mu par la créativité, l’excentricité, l’abandon à des idées et concepts originaux, que les mots se sont emballés, bousculés au portillon du réservoir à encre de sa plume.
« Oh ! Tout doux les mots, les verbes et autres adverbes, de l’ordre ! Vous aurez chacun votre place dans le récit, à temps voulu par notre cher auteur. Dites-vous bien, une place pour chaque mot et chaque mot à sa place. Il devient célèbre, certes, mais c’est n’est pas pour autant une raison de semer la zizanie dans ses textes, ce n’est pas le moment, un peu de discipline ! Rassurez-vous, il sera vous récompenser en continuant à écrire jusqu'au bout, au bout de sa vie. »
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