Agathe : Texte hors atelier
Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Capharnaüm
C’était un vrai capharnaüm, cet appartement.
Des objets de toutes sortes s’y entassaient pêle-mêle : statues africaines, maquettes de voiliers, peintures bretonnes et croûtes de l’arrière grand-père… De toute évidence, les propriétaires de ces lieux aimaient les choses, le surplus.
On n’aurait pas cru, pourtant, en arrivant dans le parc de cette résidence si calme, si propret au milieu des oiseaux qui gazouillent, qu’on pourrait se retrouver dans une sorte de no man’s land où là tout n’était pas qu’ordre et beauté bien que luxe et volupté.
On n’aurait su dire combien de personnes vivaient sous ce toit tant les objets et meubles qu’on pouvait y trouver étaient de style si divers presque hétéroclites : un fauteuil Louis XVI était recouvert d’une tenture africaine, des meubles mongols trônaient dans l’entrée et si jamais un invité – impudent et imprudent - s’avisait de douter de leur provenance, il lui suffisait d’ouvrir un tiroir pour être submergé par une odeur de yak mélangée à celle du lait fermenté, typique de cette contrée lointaine.
D’ailleurs, en entrant, le visiteur aurait pu se sentir étranger, en « terra incognita » tels les premiers colons. Pour ceux d’entre eux pour qui ordre et propreté étaient primordiaux, deux sortes de réactions étaient possibles : soit telle une proie face à son prédateur, prendre ses jambes à son cou sans demander son reste, soit estomaqué dans un premier temps par ce pathétique spectacle, se ressaisir rapidement et être pris d’une frénésie de rangement à laquelle sa politesse lui intimait de ne donner libre cours qu’une fois rentré chez lui.
Il y avais aussi les vicieux machiavéliques qui demandaient justement à leur hôte s’il n’avait pas là tout de suite un plan de Paris, le dernier DVD de Gad El Maleh, un parapluie, l’annuaire, toutes sortes de choses parfaitement inutiles mais qu’il était fortement improbables que leur hôte retrouve dans un temps jugé acceptable et qu’il était si amusant de le voir s’escrimer à chercher, sûr qu’il l’avait vu là la dernière fois :
« Mais j’en suis sûr pourtant je l’avais posé là ! ».
Le pire étant la chambre à coucher, où souvent il était impossible de voir le sol (était-ce de la moquette ? du parquet ?) jonché d’habits et de papiers d’importance variable (déclaration d’impôts, publicité La Redoute, factures, bulletins de salaire…). Quant aux placards et aux tiroirs, ils étaient très ordonnés puisque vides ! On pouvait imaginer l’autochtone hésitant entre plusieurs tenues mais laissant finalement les choses là où elle les y avait mis en dernier, tout simplement, c’est à dire au sol, ce qui fait qu’à la fin de la semaine, tout son placard était à l’extérieur de celui-ci justement.
On n’imagine pas suffisamment les bénéfices secondaires comme disent les psys de cette incroyable technique dite du laisser-aller, le principal étant le bonheur de retrouver un objet cher que l’on croyait perdu depuis si longtemps déjà, comme cette boucle d’oreille coincée entre matelas et tête du lit depuis des mois.
Les principaux inconvénients de cette technique par contre étant qu’il était difficile de se rendre compte en un clin d’œil de sa garde robe et également de se déplacer sans se faire un tour de rein ou une élongation dans cette chambre pour éviter de marcher sur un CD (aïe !). En bref vivre ici c’était du sport !
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