Agathe : Nouvelle
Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Alexandra n’avait jamais eu de problèmes pour séduire qui que ce soit, bien au contraire. Avec son corps de rêve, sa magnifique chevelure rousse, ses yeux gris-verts et son sourire éclatant, tous les hommes étaient à ses pieds.
Si elle n’avait pas eu ce caractère de cochon, doublé de celui de petite fille gâtée - donc capricieuse et toujours insatisfaite, elle aurait pu être heureuse avec un homme. Mais son orgueil naturel, et le fait de savoir qu’ils se bousculaient au portillon, la rendaient tellement exigeante envers ses pauvres victimes - et si peu envers elle-même, que les hommes ne faisaient que croiser sa route, avant qu’elle ne s’en lasse et les jette comme on se débarrasse d’un objet devenu encombrant, une fois qu’il a bien servi.
Mais avec Stanislas, cette fois, c’était différent : déjà, il ne se laissait pas complètement mener par le bout du nez, et en plus, ils formaient un couple tellement bien assorti ! Pour une fois, elle avait quelqu’un de sa « catégorie », superbe et riche, et ensemble, ils étaient devenus depuis quelques mois le couple le plus en vue du moment dans la jet-set parisienne, en couverture de Paris Match. Au placard les jumelles d’Angelina et Brad et les dernières frasques de Paris Hilton ou Britney Spears !
Quand il l’avait demandée en mariage il y a deux semaines, lors de leur si romantique week-end à Venise, elle avait été prise de court et lui avait demandé du temps pour y réfléchir. Il lui avait donné quinze jours, pas un de plus, et demain elle devait donner sa réponse.
Durant ce délai, elle avait retourné son esprit dans tous les sens, allant même jusqu’à effeuiller les marguerites pour savoir si elle l’aimait (il ne faisait aucun doute pour elle que la réciproque était vraie), et à jouer à pile ou face sa réponse.
Alors que sa raison lui intimait d’accepter sans hésiter, que c’était le meilleur parti de la ville, qu’il l’aimait et qu’elle aurait une vie plus que confortable avec lui, son cœur, lui, était méfiant, lui dictant de ne pas renoncer à ses rêves de petite fille, de grand amour et de prince charmant, et que les raisons qui faisaient pencher la balance vers le oui n’étaient pas celles qui font durer un couple.
En dernier recours, elle s’attabla à son bureau, prit une feuille blanche et traça deux colonnes : pour et contre. Dans les contre : sa belle mère acariâtre, le meilleur ami de Stanislas très proche de ce dernier et qui la mettait très mal à l’aise, le fait que Stanislas se réveille avec France Info tous les matins et que ça, toute une vie, ça n’était pas supportable, son désir à lui d’être père alors que la simple idée d’elle enceinte, le corps déformé (encore pire, accouchant et, encore pire, avec des mioches qui braillent toute la journée pleins de purée sur le visage) la révulsait, mais ça elle arriverait bien à le faire changer d’avis.
Dans les pour : son yacht, son duplex dans le XVIe, son piano, ses chevaux (bref son standing), sa beauté, son corps d’athlète, son romantisme, la jalousie des autres si elle devenait Madame Stanislas Gauthier, et indéniablement le fait que ses trente ans soient révolus depuis quatre ans déjà et que les premiers cheveux blancs commencent à poindre.
En outre, papillonner ne l’amusait plus (enfin pour l’instant ; rien ne l’empêchait de garder les coordonnées de ses anciennes conquêtes, au cas où l’occasion se présente d’un voyage d’affaires de Stanislas - elle n’avait jamais pu supporter la solitude !)
Etouffant donc ce qui lui restait de cœur, elle relut une dernière fois la liste des pour, comme pour se convaincre de leur importance, ainsi d’ailleurs que celle des contre, qui n’étaient finalement que des obstacles ou contretemps aisément contournables ; et puis, si Stanislas l’aimait, il pouvait bien faire des efforts et accepter quelques compromis non ? Ne dit-on pas pour le meilleur et pour le pire ?
Sa décision prise, elle alla se coucher, impatiente du déjeuner en amoureux prévu le lendemain. Elle dormit mal, toute excitée qu’elle était à l’idée d’annoncer ça à sa famille et ses amies surtout, qui à n’en pas douter en mourraient de jalousie, surtout Bridget qui n’allait pas tarder à rentrer dans la catégorie « vieille fille ». Elle rêva même de la cérémonie, du traiteur et du plan de table !
Au réveil, elle prit un temps infini pour être éblouissante : sauna, jacuzzi, institut de beauté. Et comme elle était en avance, elle appela toutes ses amies, Bridget la première, pour les informer de la grande nouvelle. Celles-ci s’en réjouirent, plus ou moins sincèrement. Puis, elle se rendit dans leur restaurant préféré, où il lui avait donné rendez-vous.
Le temps passait au ralenti, elle n’en pouvait plus d’attendre maintenant que c’était si clair pour elle, que son destin était tracé. Un bip se fit entendre. Qui osait la déranger dans un moment pareil ? Tiens, un message de Stanislas, pour s’excuser de son retard sans doute. « Alexandra, je regrette de t’annoncer ça si brutalement et de cette manière, mais je ne vois pas comment faire autrement. Tout est fini entre nous. Arrêtons cette mascarade, je me suis trompé. Je n’étais pas fait pour toi de toutes façons. Nous aurions été malheureux ensemble. Tu dois le savoir au fond de toi sinon tu m’aurais dit oui tout de suite. Je te souhaite de rencontrer quelqu’un qui te corresponde. Restons amis, veux-tu ? Stanislas.» De stupeur, elle lâcha son téléphone qui finit sa chute dans son Martini blanc et rendit l’âme dans un court-circuit, emportant avec lui les derniers mots de Stanislas.
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