01 Photo d enfance
Posté le 01.09.2008 par interlignes
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J’ai toujours eu en tête cette photo. Dévêtue, portant un maillot de bain deux pièces de couleur rouge laissant apercevoir quelques formes. C’était un peu comme une manière de s’affirmer et de dire aux autres que j’existe en tant que telle. Cette photo j’en garde un bon souvenir, car à l’époque j’adorerais prendre des poses de star et attirer l’attention sur ma personne. Comme quoi, il n’y a pas que les top models qui peuvent se constituer un book ! Non mais, moi aussi j’y ai droit !
Je revois encore où elle fut prise. C’était une sorte de terrain vague où il n’y avait personne, juste de l’herbe et des arbres aux alentours. En regardant bien, on pouvait y déceler une chapelle. Ce genre d’endroit ne m’a jamais intéressée : prier du matin au soir, non, loin de moi cette idée ! Parader devant un objectif ça c’est mon truc !
D’ailleurs il faut que je vous raconte une anecdote. Alors que je me fais photographier avec tout l’attirail qui se devait, une nonne appelait dans un cri de désespoir toutes ses sœurs, pour voir si elle n’avait pas d’illusions. Elles sont devenues toutes rouges de la tête au pied, en criant : oh, sacrilège. Comment pouvait-on s’exhiber aussi librement, surtout une pauvre enfant ?
Seulement, elles ne savaient pas que j’avais entendu leur discours et ni une, ni deux, je me suis retournée en leur faisant des grimaces, et je leur aie crié haut et fort "on ne peut même plus être tranquille ici ?" Je pensais qu’à moi seule j’arriverais à les faire fuir, les bonnes sœurs. Comme quoi, il n’y a pas que Wonder Woman. Mais depuis ce jour, car j’ai eu l’occasion d’y retourner, je n’ai plus jamais vu de bonne sœur sortir de l’église, et d’ailleurs tout le monde se rappelle de ma forte prestation.
Moi aussi j’ai un corps, je le revendique, et je le proteste ; la nature m’a bien gâtée et ce serait un pêché de ne pas pouvoir le montrer et d’en faire profiter. A force d’être enfermées dans un lieu de prière, elles en oublient la beauté corporelle. Rien qu’en les voyant, on se les imagine mal posant pour le magasine « Elle ».
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Posté le 10.07.2008 par interlignes
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Dernier cliché du bonheur
Sur cette photo, j’ai neuf ans, ma sœur sept, et je tiens mon chien dans les bras : Frimousse, cette petite chienne timide (notre première !) de quelques mois à peine, apprivoisée patiemment et que nous venions d’acquérir après de rudes mois de négociation avec mes parents. C’est l’été, nous remontons de la plage où nous allons souvent nous baigner en famille.
J’entends encore ma mère dire « Arrêtez vous les filles, je vous prends en photo » et moi de penser « Elle est pénible à force avec ses photos ! » sans me douter que ce sera la dernière avec ma petite chienne. Si j’avais su, je l’aurais serrée tellement plus fort !
La photo faite, nous voilà sur le pont pour rejoindre la voiture. Ma sœur tient Frimousse en laisse, cette fameuse laisse élastique qui s’allonge quand le chien tire à l’autre bout. Les voitures roulent à toute allure sur ce pont maudit. Nous marchons à la queue-leu-leu.
Soudain, derrière moi, j’entends ma sœur crier dans un crissement de freins. Une voiture s’arrête et une femme en descend, affolée. Tout le monde hurle, je ne comprends pas. Attroupement, brouhaha… Puis ces paroles de la conductrice qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire : « Oh, ce n’est qu’un chien » et de remonter dans sa voiture comme si de rien n’était et de reprendre sa route alors qu’elle m’avait volé mon enfance.
Puis tout va très vite et se mélange, les souvenirs confus qu’il me reste sont pêle-mêle : toute la famille dans la voiture, mon père avec mon tout petit chien froid sur les genoux, silence pesant, sanglots, la course pour aller jusqu’au vétérinaire le plus proche, et lui d’appuyer sur ses petits poumons de bébé chien pour voir le sang couler.
C’est la première fois (et la seule) où j’ai vu mon père pleurer. C’était la fin de l’enfance.
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Posté le 05.05.2008 par interlignes
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A (Agnès) comme Athlète, Astres, Andes, Amour, Art
G (Godart) comme Globe-trotter, Girafe, Giroflée, Gonfler, Glace
Cet homme était un véritable athlète. La conjugaison des astres dans le ciel de sa naissance et l’amour de ses parents l’avaient transformé en véritable globe-trotter. Il parcourait le monde à pied, à travers les Andes et autres régions retirées du globe afin d’y observer pumas, vautours et autres girafes lorsqu’il s’aventurait jusqu’en Afrique.
L’amour de la nature et des paysages sauvages avait développé une très forte sensibilité aux merveilles les plus simples et il pouvait facilement se pâmer devant une simple giroflée gonflée d’eau après une averse sur le sable blond du Sahara.
La nature humaine le laissait en revanche de glace, la faune et la flore étant l’unique objet de son art.
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Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Une plage de la côte sauvage, cette grande bande de sable sur l’Atlantique près de Royan. Il fait soleil, c’est l’été. Les herbes hautes sur les dunes sont roussies par le soleil et le manque d’eau. Il y a beaucoup de vent – c’est assez facile de l’observer car les herbes sont courbées, leur sommet emporté si loin de leurs racines par les alizés.
Ce qui permet aussi de sentir ce vent de façon évidente, c’est qu’au premier plan de cette petite photo toute carrée au cadre blanc, ou plutôt jaunie par le temps, il y a une petite fille, la tête ébouriffée.
Vous l’aurez compris, cette gamine-là, c’est moi ! Je vois avoir quelque chose comme 4-5 ans, je crois. Et je suis là, bien face à l’objectif, assez proche du photographe, presqu’en gros plan. Et aujourd’hui, je me demande : « Mais pourquoi avoir pris cette photo ? », car ce que vous ne savez pas, c’est que je ne pose pas pour le plaisir de plaire, même si je regarde bien droit dans l’objectif. Non, je suis là, sur mes deux pieds nus enfoncés dans le sable, mes petites cuisses dodues, un bas de maillot de bain de couleur verte. Je porte un tee-shirt à rayures jaunes et vertes.
Ce brin de gamine, sur fond d’un chaleureux décor propice aux jeux, aux rires et à la détente est figé face à l’appareil. Le haut du corps légèrement penché en avant, les mains posées sur les cuisses, la mine boudeuse : je pleure. Alors, vraiment, quel intérêt d’immortaliser une crise de larmes dans un tel endroit ? Pas besoin de cela pour se rappeler que pleurnicher, sangloter, geindre, larmoyer est quasiment un sport incontournable pratiqué par tant d’enfants.
Aujourd’hui, je suis adulte et cela m’amuse de regarder cette photographie car en fait, je suis simplement incapable de me souvenir la raison de ma moue. En revanche, j’adore l’idée de penser que j’ai été une petite fille terrible, pleine de vie, un véritable petit garnement parce que cette enfant-là n’est pas très loin : elle a juste appris à ne plus pleurer devant l’objectif !
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