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Nom du blog :
interlignes
Description du blog :
jeudi soir 07 08
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
06.04.2008
Dernière mise à jour :
01.09.2008
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03 Ville maison lettre

Régine : Un jour ce sera

Posté le 01.09.2008 par interlignes
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Un jour ce sera cette fleur qui est venue hanter mes plus profondes pensées. Son doux parfum me fait penser aux champs de coquelicots que nous fréquentions plus jeunes, cette idée de liberté qui pèse sur nous, pour admirer le panel de couleurs qui s’offrait à nous.

Un jour ce sera ces roches de granit, découvertes un jour en allant au musée, avec toujours cette même obsession en tête : pourquoi toutes ces formes originelles ? Et pourquoi donc cette couleur ? Bien décidée de ne pas partir sans que mes questions puissent y trouver une réponse.

Un jour ce sera une chance unique d’aller nager avec un dauphin, pour être au contact de cet animal tant apprécié des enfants, et de pouvoir ainsi décrypter leur langage pour qu’il puisse nous emmener vers d’autres horizons.
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Agnès : Un jour ce sera

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Végétal, minéral & animal

Un jour, ce sera mon tour. Tant de matins endormis, j’écoutais le doux ronronnement du pétrin, imaginant mon père moudre le blé et cuire sa fournée. Je pouvais fondre d’envie, me lamenter de ne pouvoir l’aider, tant épris par cette passion. Etre boulanger, tel était mon rêve.

Un jour, ce sera le couronnement, la gloire. Mille feux m’éclaireront, ma vraie valeur apparaîtra aux yeux de tous. Le marbre, l’or, le diamant, tels seront mes atours. Je brillerai aux yeux du monde, mon pouvoir ne souffrira aucune rébellion, ce jour sera le mien.

Un jour, ce sera la fin. La fin d’une belle histoire, celle où la nature et l’homme ne faisaient qu’un. La panthère, d’un pas de velours, aux aguets dans la verdure de la forêt disparaîtra. Nous ne verrons plus virevolter les ailes bleues des morphos, géants et gracieux papillons. L’homme les a tués, il ne mérite plus cette splendeur.
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Agnès : Ville, maison, lettre

Posté le 05.05.2008 par interlignes
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Félicie

Comme tous les matins du monde, elle s’était activée aux fourneaux. Pendant une brève toilette dans le réduit aménagé dans un coin de sa cuisine, le rideau de courtoisie tiré sur sa nudité, elle s’était rafraîchie.
Elle avait décidé de faire une pause pour écrire à sa fille, partie vivre bien loin de sa belle ville. Finies les promenades au marché les mercredi et samedi à la fraîche. Pourtant quel dommage, elle aimait tant faire le tour de l’église avec sa fille, armée de son caddie à roulettes, prêt à engouffrer les mille et une victuailles qui composaient ses repas quotidiens.
Dieu qu’elle était gourmande cette mémé-là ! L’exercice de l’écriture n’était en revanche pas vraiment son fort. D’une famille plutôt paysanne, œuvrant aux labours dans les contrées à l’est du département, elle avait épousé un gars de la ville et s’était retrouvée, après quelques étapes géographiques, à Bergerac.
Le travail de la terre n’était plus son quotidien depuis fort longtemps. D’ailleurs, ses racines agricoles ne m’ont été connues que très récemment, grâce aux découvertes réalisées aux détours des méandres de la généalogie et de ses richesses.
Fille de la campagne, devenue femme de la ville, elle n’en était pas devenue pour autant intellectuelle et encore moins fine plume ou romancière. Non, ses exercices d’écriture se limitaient généralement à l’édification d’une belle liste de courses qu’elle confiait au grand-père et nous allions tous les deux au Sodiprix, à quelques rues de cette maison de ville où ils habitaient depuis fort longtemps, depuis toujours à mon échelle de petite fille.
En dehors de la liste des courses, la grand-mère utilisait sa plume, enfin plutôt tout simplement son stylo à bille, pour rédiger le prix de sa couture et l’épingler aux vêtements de ses clientes. Mes racines maternelles ne sont donc résolument pas du côté du papier, de l’encre et pourtant, tout comme ceux qui ont la bosse des maths, moi j’ai celle du stylo, sur mon doigt, le majeur de la main droite, à force de guider la bille, la dompter et lui faire imprimer l’encre de mes idées.
Mais revenons-en à la grand-mère. Ce matin-là, pendant que le repas du midi mijotait tout gentiment sur le fourneau alimenté de charbon par le grand-père, elle s’était assise à la grande table de la cuisine. Cette table, recouverte de coloris et dessins changeant au gré de l’usure et du remplacement régulier de sa nappe, étant le point central de maison. On y mangeait certes, tant et tant mais on y passait aussi du temps autour, à discuter, à boire le café ou recevoir des visites.
Ce moment-là du jour en question, la table était devenue bureau, luxueux de grandeur, on doit le dire. Mémé avait sorti son bloc papier ligné. Elle gardait sa petite-fille pendant les congés d’été, comme si souvent. Un mois de vacances, c’est long pour une mère loin de sa fille, c’est long peut-être aussi pour une grand-mère aux petits soins pour sa descendance mais ce n’est jamais assez long pour une gamine ivre de bonheur dans le giron de son aïeule.
Pour calmer l’impatience, tricher de l’éloignement, alimenter le manque de la maman, la grand-mère relatait le quotidien de la petite : grasses matinées, bouillie chaude au parfum de chocolat pour le petit-déjeuner, jeux divers dans la cour, passion pour les travaux de couture exécutés par la mémé ou encore, amusement à observer les pigeons et les serins du pépé. Quelle intéressante occupation de regarder le grand-père parlant à ses oiseaux, leur donner leurs graines quotidiennes, veiller à leur santé : un bol d’eau fraîche pour le bain quotidien, les volatiles s’ébrouant joyeusement, lissant leurs plumes dorées, des gouttelettes ruisselant sur la cire de leurs ailes miniatures.
Lorsque la petite se lassait de ce cérémonial, elle recélait d’autres idées d’occupation que la grand-mère ne manquait pas de relater dans sa lettre. Jeannot le lapin était une de ses passions : ouvrir sa cage, tenter de la caresser car il ne se laissait pas faire le bougre. Et puis, lui donner sa carotte qu’il dévorait de ses grandes quenottes, avec ce bruit de crac-crac-crac, tellement reconnaissable.
Enfin, bien d’autres détails encore pouvaient consteller les lignes du cahier de mémé mais elle allait plutôt à l’essentiel et ne se perdait pas vraiment en digressions. La missive était donc généralement bien vite achevée, le papier fin plié et glissé dans son enveloppe et cachetée.
Et là, tiens, une nouvelle occupation pour la petite : aller au tabac du coin acheter le timbre magique puis glisser l’extrait de sa petite vie dans la fente de la boîte jaune des ptt, vite avant la levée de quinze heures. Ah, on finit par la connaître par cœur cette heure, tout comme on reconnaît le bruit si particulier lorsque le facteur vient à son tour glisser par la fente cette fois de la porte de la grand-mère, les nouvelles tant attendues du reste de la tribu resté au loin, dans cette autre ville qui n’est pas celle de mes vacances.
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Agathe : Ville, maison, lettre

Posté le 06.04.2008 par interlignes
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Cartes de vœux

J’ai tout nettoyé de fond en comble aujourd’hui. Comme tous les jours.
Il me faut finir les cartes de vœux, j’en ai déjà écrit une soixantaine hier pour la famille proche ; il me reste celles des amis, pour la paroisse, le maire, les commerçants… au moins une bonne centaine. Et demain, j’irai à la poste acheter les timbres spéciaux souhaitant la nouvelle année. Je ne sais pas pourquoi je n’arrive pas à m’y mettre. Quelque chose me turlupine. Pourtant, je suis à jour dans ma liste de choses à faire aujourd’hui, il me semble. Mon esprit repasse en boucle les tâches accomplies depuis sept heures ce matin.
Mais il faut m’y mettre, j’ai perdu au moins cinq minutes à repenser à tout ça, et je ne vais pas avoir le temps de finir les cartes aujourd’hui si je veux pouvoir préparer le dîner de ce soir comme je l’entends. Et je déteste être en retard, je déteste l’imprévu en général d’ailleurs, et que l’inspiration me manque pour les cartes de vœux faites maison, ça, ça n’était pas prévu ! Ou alors, je peux peut être préparer le dîner maintenant, comme ça tout sera prêt pour ce soir et j’écrirai les cartes après en attendant mes convives, l’inspiration viendra bien. Mais non, la viande va être trop sèche si je la prépare maintenant. Au moins dresser la table peut être…
Je laisse donc mes cartes en plan - que je déteste ça, laisser quelque chose d’inachevé - mais tant pis pour mes états d’âme, il faut bien être efficace, ne nous laissons pas aller, fichtre ! Pour me retirer cette impression désagréable de fouillis dans ma tête, je prends trois aspirines avant de descendre à la salle à manger.
Contrariée, je remarque quelque chose de changé dans le salon mais quoi ? Un meuble a été déplacé, comment se fait-il que je ne m’en sois pas rendue compte ce matin en passant l’aspirateur ? C’est sûrement Yann qui hier est resté tard à regarder la télévision ; je lui avais pourtant dit d’aller se coucher avant minuit, pour qu’il ne soit pas encore en retard au lycée le matin, comme à son habitude, parce qu’il manque de sommeil et a donc du mal se lever. Il faudrait que je me résolve à le mettre en pension, ça lui ferait le plus grand bien, je n’ai aucune autorité sur lui. Quant à Bruno n’en parlons pas.
Mais de quoi aurions-nous l’air vis à vis des gens ? De parents indignes sûrement. Etre le sujet de commérages du quartier, certainement pas. Tout doit sembler parfait. Euh… que dis-je «tout doit sembler parfait»? Tout est parfait. J’ai la vie dont j’avais toujours rêvé : un mari qui m’adore et qui a un bon salaire, un travail tourné vers les autres et à mi-temps, ce qui me laisse le temps d’entretenir ma maison et ma forme, un fils qui certes traverse une période difficile en ce moment, mais qui fera un gendre idéal pour n’importe quelle famille membre du Rotary Club, une maison parfaite, impeccable et meublé avec goût (le mien), un jardin resplendissant, le tout dans une mignonne petite ville à taille humaine où je connais tout le monde (sans pour autant les apprécier) et où toute la violence que l’on peut voir aux nouvelles le soir n’est qu’un lointain mirage - Dieu nous en préserve !
Mais je m’égare, le temps passe à une vitesse folle, les Gordon arrivent bientôt et rien n’est prêt pour ce souper ! Et ces cartes laissées en plan… J’y retourne, c’est plus fort que moi ; il ne sera pas dit que j’enverrai cette année mes vœux le 2 janvier ! C’est hors de question, c’est d’un commun… de se laisser déborder par le temps, ce n’est pourtant pas compliqué d’être un minimum organisée et de se tenir à ses engagements. Alors… que pourrais-je souhaiter à mes amis qu’ils n’ont pas déjà ?
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