05 Les objets parlent
Posté le 10.07.2008 par interlignes
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La nuit d’une péniche à quai
La nuit tombe.
Enfin arrivée à quai, je peux souffler après cette longue journée de navigation le long du canal Saint Martin, aller-retour, aller et retour, aller-retour un nombre incalculable de fois avec à mon bord de stupides touristes.
Qu’ils soient japonais à mitrailler sans cesse, italiens à rire trop fort ou allemands avec leur look ridicule chaussettes-Birkenstock, ils sont tous grotesques à mes yeux. Moi qui ai toujours rêvé du grand large ! Ah ! Etre un fier trois mâts, hissez haut Santiano !
Remarque, c’aurait pu être pire, j’aurais pu être un stupide bateau mouche avec cette hôtesse ringarde qui vocifère à tue-tête l’histoire de Paris 423 fois (j’ai compté !) dans la journée : « et Notre Dame par ci et le Louvre par là… »
Moi, mon propriétaire à eu la décence de prôner le charme français au naturel (et non pas américanisé), c’est en silence que je fends les flots, enfin les flots, c’est beaucoup dire, les poissons crevés et autres détritus plutôt. Mais ne nous plaignons pas, j’aurais aussi pu être un optimiste affecté aux premières classes de voile de petits bourgeois capricieux et, qui plus est, mécontents que papa-maman se soient saignés aux quatre veines pour leur offrir ce stage pour les vacances et donc se vengeant sur moi en maltraitant mon gouvernail et ma voile. J’en ai rencontré un l’année dernière (d’optimiste, pas de petits bourgeois !) chez le réparateur de bateaux Nautiloc, qui m’en a raconté des vertes et des pas mûres. Ceci dit, il avait pu se venger en assénant un coup de baume bien mérité à un garnement effronté. Résultat : il avait écopé d’une peine de deux mois fermes au hangar. Il en était même devenu pessimiste !
Bref, ne nous plaignons pas de notre sort. Profil bas, je ne suis pas si mal lotie surtout en cette belle fin de journée, bien entourée par mes copines à la pompe du coin où nous sirotons notre p’tit gasoil. Il faut dire que nous ne sommes plus beaucoup, alors nous nous serons les coudes. Eh oui, nos ennemies jurées les vedettes parisiennes ont de plus en plus la côte auprès de ces ignares de touristes qui ne comprennent rien à rien. Même Martine, après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, a fini au hangar. Sans prévenir en plus, même pas le temps de se dire adieu, pare-battage contre pare-battage. Non au hangar et définitivement cette fois-ci ! Rien que d’y penser, ça me glace le ponton.
Mais songeons à quelque chose de plus gai : la bonne nuit qui m’attend, bercée par le doux clapotis du canal. Je m’assoupis en rêvant à la belle vie de voilier que je pourrais avoir si j’en étais un : fendre les flots, faire le Vendée Globe Challenge ou le tour du monde dans les intempéries avec mon skipper (pourquoi d’ailleurs dit-on « régate en solitaire », je me demande ! En duo plutôt devrait-on préciser ! On ne dit pas d’un jockey qu’il a gagné sa course en solitaire que je sache, non mais !)
Ah ! Franchir la ligne d’arrivée, épuisée au bout de tous ces mois de traversée mais tellement proche d’Olivier, Eric (paix à son âme) ou Titouan, bien plus intimes que leurs épouses d’ailleurs ! Après toutes ces épreuves surmontées ensemble. Mais non, il a fallu que je naisse péniche, c’est pénible ! De quoi j’ai l’air moi avec cette ligne longue et plate ? D’une anorexique, c’est sûr ! Et puis sans voile, ça ne rime à rien, je ne suis pas vraiment un bateau, quelle honte ! Jamais je ne pourrai taper dans l’œil d’un quelconque skipper, voire même d’un original (il y en a tellement de nos jours) ! Qui aurait l’idée saugrenue de faire la traversée de l’Atlantique en péniche. Il y en a bien qui l’ont faite en pédalo ou en planche à voile, alors ! Un peu de courage les gars ! Je ferai le reste.
Bon, bon, ne nous énervons pas, c’est mauvais pour ma tension. Reposons-nous plutôt, histoire de prendre des forces pour la grande traversée, et d’avoir bonne mine pour aguicher un navigateur venu flâner à la capitale entre deux régates, sait-on jamais.
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Posté le 10.04.2008 par interlignes
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Cruella préparait quelque chose depuis plusieurs jours, me délaissant parfois, au point de rester sans bouger, complètement inerte. Le doute et la mélancolie s’emparant de moi, je me demandais ce que j’avais bien pu faire pour mériter un tel châtiment ! Moi la beauté fatale qui l’emmène partout, Dieu que le monde est injuste !
Quand, un matin, elle m’annonça qu’elle allait se séparer de moi, ce fut un choc comme si je ne lui servais plus. Je me rassurais moi-même en me disant que c’était juste de courte durée, et que cela finirait par s’estomper, mais plus les jours passaient plus son détachement se faisait ressentir. Si vous saviez les folles aventures que nous avions menées ensemble : il y eut tout d’abord ses neveux et nièces, qui n’arrêtaient pas de crier pour un oui ou pour un non lorsqu’on les emmenait, à chaque instant c’était le même cirque, quand l’un dormait, l’autre vomissait son quatre heure. Moi qui suis une voiture au demeurant charmante, spacieuse, avec de l’espace pour les passagers, qui assure la sécurité à bord, non, je ne comprends pas, même les stars rêveraient que je les conduise n’importe où.
Et puis, il y avait cette fameuse panne sur la route. Nous roulons tranquillement les cheveux au vent, la musique à fond, la journée venait de commencer quand, d’un seul coup, je me suis mis à toussoter, puis à avancer, à reculer, à sauter sur moi, pour finalement retomber sur le bitume, le capot qui fumait, bref, je vous rassure tout de suite je ne fume pas ! La chance venait de sonner ce jour là, un beau gosse sortit de sa voiture, ausculta le véhicule et commença à dire "c’est la durite" ! Cruella usa de ses charmes pour qu’il puisse nous remorquer, elle sortit une liasse de billets sur le toit de la voiture et, ni une ni deux, le problème était réglé.
Mais mon meilleur souvenir reste cette fameuse course poursuite. Je me souviens, le coin était désert, en plus, ce n’était par un soir de pleine lune, nous étions aux pays des Amerlocs, et alors là, ce ne sont plus des routes, compte tenu de la largeur. N’importe quelle voiture voudrait sillonner ces paysages pour mieux savourer la pédale d’accélérateur, car je ne savais plus ce que ça voulait dire de ralentir ; de plus ce bolide qui faisait le grand jeu, voulait en mettre plein la vue, non mais, vous pensez un instant que cette boîte de sardine m’impressionnerait avec ses soi-disant Turbo collé aux fesses ! Personne ne me fait peur, c’est la raison pour laquelle on me surnomme Rapido ! Tout le monde me craignait ! Pour revenir à notre course, je fonçais tel un nageur qui voulait gagner une compétition, oui je sais, la comparaison n’était pas de taille, mais l’envie de triompher semblait si forte et si prenante ! Le but étant simple, chacun devait faire trois fois le tour, en passant derrière un bidon à chaque passage !
Toute le monde m’encourageait. A plusieurs reprises, la chose se rapprochait de moi, mais tel un chevalier sans peur et sans reproche, je fonçais toujours plus vite. Rien qu’à entendre mes « vroum », vous comprendrez mon tonus de réaction, ma rapidité.
Arrive le dernier tour et, alors là, je donne toute ma gomme. Cruella et moi-même avons pensé « ça va saigner dans les chaumières » et nous fûmes pris dans un élan de vitesse tel que nous avions oublié les essieux qui commençaient à faire du bruit, mais nous avons tenu à aller jusqu’au bout. La chose s’est ruée dans une flaque d’eau, elle en perdit le contrôle de la direction, d’où les grands vainqueurs, quel moment ! Moi je vous le dis : la reconnaissance c’est ce qu’il y a de meilleur. Faut pas oublier dans la vie que nous, les bolides, on est solide, prêt à affronter tous les obstacles qui se dressent face à nous. Cruella est peut être au chaud dans sa voiture, mais moi je subis le froid, le vent, la neige, la pluie, le brouillard, le soleil, pour m’entendre dire au moment de la révision "tout va bien, n’oubliez pas la révision des 60 000 km", tandis que vous les humains, vous êtes plus faibles physiquement, vous attrapez un coup de froid et hop, au lit. Vous voyez la différence, mais vous donnez la joie des moments partagés, il faut avant tout le reconnaître.
Voilà un peu les souvenirs que je gardais en mémoire. Alors voilà le temps de se retrouver dans un autre monde, « la fourrière ». En plus je me retrouve avec mes copains et copines. Même à nos âges, on organisait encore des rallyes avec un trophée à la clé quand le gardien n’était pas là !
Bien sûr, Calamine Jane comptait les points, car c’est tout ce qu’elle savait faire ! N’oublions pas le juge arbitre Wayne, pour départager, car nous n’avons pas, comme au foot, la vidéo pour repasser la série. Tout le monde participe, on a même notre slogan comme les publicités « nous les voitures on assure ». Chacun y trouve sa place, pas besoin de se poser de questions, on est entre nous, on ne se gêne pas, tout le monde est traité d’égal à égal. Sally fait la morale à son Jules qui a les yeux sur la dernière arrivée. Le Big Boss surveille les entrées et les sorties. On peut considérer que c’est un peu comme une famille avec ses hauts et ses bas.
A tour de rôle, on organise les fêtes d’anniversaires, les merguez party en somme. Nous régnons en maître et nous le resterons. Si bon nombre pensait que nous allons nous faire de vieux os, ils se trompent. Il y a toujours quelqu’un qui prend soin de vous, qui se débrouille pour vous aider ou vous épauler. Il vous reste encore à découvrir des choses et vivre pleinement, des folles aventures. Et, croyez moi, foi de Rapido, vous ne serez pas déçus du voyage. Alors, mes amis, en route et que la fête continue !
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